Potabilisation - Environnement


La prise de conscience de l'existence d'un environnement fini et fragile méritant notre intérêt et une protection semble s'être développées par vague et de manière différente selon les époques et les cultures.

Dans le passé : Certaines interprétation animistes du monde, ou d'attitude telle que le bouddhisme semblent avoir localement favorisé un certain respect de la vie et des ressources naturelles, mais le concept d'environnement tel que nous le connaissons ne semble pas avoir été relevé par les ethnologues ni par les historiens.

L'art (poésie, dessin, gravure et peinture en particulier..) a été en Asie et en occident un premier vecteur d'une valeur particulière donnée à l'environnement, et en particulier aux paysages.
La littérature relative à la découverte de territoires inexplorés a développé l'étonnement, la curiosité scientifique« exotiques ».
Au XIXème siècle, en occident, le romantisme a exalté la naturalité de l'environnement et la beauté des paysages sauvages, parfois en les opposants aux paysages et à la misère des mondes ouvriers, urbains et périurbains industriels. ou ethnologique pour d'autres environnements,

Depuis deux siècles : En occident, les guerres coloniales, la première et surtout à la seconde révolution industrielle, mais aussi les guerres mondiales puis la guerre froide
L'arrière-plan conflictuel des 19ème et 20ème siècles a généré une économie de guerre qui a dopé l'industrie lourde, mais qui a aussi accéléré l'exploitation voire la surexploitation de nombreuses ressources naturelles qui sont devenues de plus en plus stratégique. Avec la course aux armements et en particulier aux armes de destruction massive dont la bombe atomique, apparait dans les années 1970 la crainte d'une troisième et dernière Guerre mondiale qui pourrait détruire toute forme de vie supérieure sur la planète.
C'est aussi l'époque de catastrophes écologiques visibles (successions de marées noires) qui sensibilisent le public et certains décideurs à la protection des écosystèmes. Dans le même temps les crises pétrolière (dont celle de 1975) font comprendre ou admettre une dépendance croissante des économies et des pays à des ressources limitées dont le pétrole, l'eau potable, le bois, la ressource halieutique, les sols cultivables...

Après une phase marquée par une révolte partagée contre les grandes pollutions (marées noires en particulier), suivie de réels effort de lutte contre certaines pollution (épuration des eaux usées, interdiction de rejets polluants massifs dans la nature..), l'attention se porte maintenant vers les pollutions moins visibles (séquelles de la Catastrophe de Tchernobyl, POPs, pesticides, perturbateurs endocriniens..). semblent - dans un contexe de démographie et de croissance exponentielle - avoir peu à peu contribué à faire émerger une conscience collective d'une planète précieuse, voire fragile, aux limites finies.

Environnement et connaissance : La perception de l'environnement a également évolué avec une meilleure connaissance par tous et chacun de la planète.
Ceci était déjà manifeste au 16ème siècle avec de la découverte et l'étude par l'occident de très nouveaux territoires terrestres et maritimes en Afrique, Asie et Amérique du sud, puis avec leur exploitation parfois brutale durant la période coloniale, qui a peu à peu mis à mal le mythe du « bon sauvage » mais aussi le mythe de la prodigualité infinie de la nature.

D'autres territoires (arctique et antarctique) et un monde sous-marin immense et inconnu ont montré un environnent caractérisé par une altérité plus forte et parfois une fragilité plus évidente. Ils ont été respectivement notamment vulgarisés par Paul-Émile Victor et le commandant Cousteau.

Dans le même temps la connaissance rétrospective du « paléo-environnement » progressait avec la paléoécologieclimat et la mise à jour de preuves scientifiquement indiscutables de crises écologiques majeures passées qui ont fait disparaître durant des millions d'années, à 5 reprises au moins, jusqu'à 80 % de la biodiversité planétaire.

Nouveaux médias et outils : Ils ont permis des changements de perspective et de paradigmes, en bouleversant la vision par l'homme de son environnement. C'est le cas de la télévision et ses milliers de documentaires naturalistes, mais aussi la photographie aérienne, puis satellitaire ainsi que la modélisation prospective.

Protection et découverte de l'Environnement ont longtemps été confondues avec celle les paysages ; A la fin du XIXe siècle, c'est le développement de l'automobile qui marque en Europe un intérêt fort pour les paysages remarquables comme espace à découvrir avant qu'ils ne soient dégradés, paradoxalement d'ailleurs par les routes. A titre d'exemple l'Automobile Club de France a été un vecteur important de sensibilisation à la découverte de nouveaux paysage, mais en contribuant à les rendre moins sauvages et de plus en plus visité.

Les USA créent les premiers parcs nationaux. Une loi (park bill) est votée par le Congrès et signée par le Président Abraham Lincoln le 30 juin 1864 créant le Yosemite Grant qui deviendra en 1872 le premier parc national, 42 ans après (en 1906) la france vote sa première loi sur la protection du paysage, traduisant l'intérêt grandissant de la perception individuelle d'un bien environnemental collectif.

C'est le début des analyses de la qualité des paysages, de l'environnement naturel ou semi-naturel (y compris agricole). Par la suite, l'évolution de la loi et de son application démontre l'importance de cette perception (classement des boucles de la Seine peints par les impressionnistes par exemple). C'est encore à cette époque le paysage, et non l'écosystème qui guident les choix des élus et des sites à protéger. Peu à peu, alors que la science progresse, les services rendus par l'environnement prennent de l'importance, justifiant une autre protection de l'environnement, prenant en compte les fonctionnalités et les conditions de fonctionnement et de résilience écologique des écosystèmes, avec la protection d'un réseau écologique, d'un maillage ou d'une trame verte, plutôt que de réserves naturelles seules, qui se sont montrées insuffisantes, faute de respect de l'intégrité écopaysagère.

Sondages: Dans les pays industriellement développés, ils montrent que pour une majeure part de la population :

  • l'environnement tel que ressenti au quotidien est de moins en moins naturel ou rural et de plus en plus urbain, construit et contrôlé ;

  • l'environnement est contrôlé par la collectivité, voire privatisé, mais agit de moins en moins pour l'individu qui le subit de plus en plus (environnement artificiel) ;

  • l'environnement est moins un objet naturel connu et exploité par chacun (au XVIIIe siècle, 85 % de la population vivait de son exploitation directe - agriculture, pêche, sylviculture ... - contre moins de 15 % au début du XXIe siècle) ;

  • l'environnement est de plus en plus perçu comme une ressource finie, et non plus inépuisable ou renouvelable à l'infini ;

  • l'environnement est un bien commun, que nous avons le devoir de léguer aux générations futures (cf. concepts de développement durable, soutenable ou de décroissance conviviale).

Changements de paradigmes : La préoccupation environnementale est passée en quelques siècles du monde de l'art et de l'émotion esthétique à celui des préoccupations scientifiques et citoyennes, et des tactiques et stratégies
La préoccupation environnementale était locale et régionale au 19ème et début du XXème siècle (parcs nationaux, réserves). Elle est devenue globale, incluant le changement climatique, avec l'émergence de l'idée d'un environnement mondial « bien commun » ou « bien public » fortement validée à Rio en Juin 1992, lors du Sommet de la Terre.

De nombreux traités de protection de l'environnement ont depuis été signés sous l'égide de l'ONU ou d'autorités plus régionales, mais ils n'ont à ce jour que freiné la dégradation croissante de l'environnement planétaire.
La préoccupation environnementale prend une place croissante dans la vie de l'enfant via l'éducation à l'environnement. Elle devient un objet de réflexion et de propositions partagées, jusque dans la gouvernance des pays, comme en témoigne par exemple en France le Grenelle de l'environnement (2007) et dans le monde le développement des Agenda 21.

Des domaines nouveaux apparaissent encore avec par exemple dans les années 1990, face à la croissance exponentielle de l'éclairage public, une sensibiliation à la fragilité de l'environnement nocturnepollution lumineuse. Les perceptions de l'environnement vont probablement encore évoluer, notamment sous la contrainte du développement urbain (métropoles, périurbanisation, HQE, environnement urbain. Il devient un enjeux majeurs pour les entreprises, aménageurs et décideurs comme pour les citoyens

 

 

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